Sharif Andoura
Acteur

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Dire tout d’abord que tout a démarré sur une envie de travailler ensemble. Faire un film comme moyen d’approfondir la connaissance de l’autre, hors le langage et tous ses pièges. Un moyen de mettre au test de l’image et du jeu nos réflexions et rêveries autour de l’invisibilité, de l’architecture et du 20ème siècle. Un premier sens protéiforme.
Puis l’invisibilité comme regard sur le monde au point de donner ce nom à ce « personnage » qui n’existerait que comme une somme de tentatives, d’exploration de registres de jeu, de traversées de paysages. Une silhouette et un regard. Un jeu dissocié. Une vraie invisibilité contemporaine, un corps sans paroles.
Deux partenaires pour jouer.
Le premier, immédiat, le paysage.
Le deuxième, par la bande, était derrière la caméra…
Pas d’équipe de tournage, pas de lumière artificielle, une caméra. Pas de dogme non plus. Un film en tête à tête. Comme outil de dialectique. Rare.
Avec ce bonheur d’improviser sachant que la caméra tourne encore, de commencer à investir un lieu sans prévenir, sans la permission de jouer signifiée par la lumière rouge allumée de la caméra. Se chercher. Tu me cherches ? Un sens qui se déploie de manière instinctive, ludique, émotive.
L’avantage de ce corps sans paroles, c’était la possibilité de tourner partout, sans préparation, sans apprentissage de texte… Un travail au présent, qui évolue en fonction des lieux, du temps et de nos humeurs. Un vrai road-movie.
Et l’eau qui prend une place de plus en plus grandissante dans le film. Et le verre pour la retenir. Le double invisible. La doctrine aristotélicienne de la matière et de la forme : la matière en tant que potentiel, la matière en puissance qui aspire à la forme pour se réaliser ; et la forme en tant que moteur immobile… Un acteur dans un paysage…

Brecht disait que le réalisme au théâtre , c’est montrer la réalité du théâtre…
Et la voix off. Donner une pensée à ce corps. Comment il devient agissant par cette voix. Avec cette délicieuse incertitude de la concordance des temps. Quelles images sur quels textes ?
Puis cette surprise du montage, du choix des séquences, de leur ordre.
Et comment le sens se redéploie pour la troisième fois, avec l’agencement des images, de la voix et de la musique.
Une Odyssée, au sens antique.