Les chevaux égarés

Lost Horses est un film qui commence par le milieu.
A Marfa, au Texas (États-Unis), se tient un bar tenu par un cow-boy, Ty Mitchell. Nous avons passé de longs moments dans cet endroit à boire, manger, parler. Nous avons commencé à rencontrer Ty. Nous nous sommes "mutuellement" intéressés. Une sorte de curiosité bienveillante nous a poussé à la rencontre, cela ne s'est pas fait en un jour. A ce moment-là, nous ne savions pas que cette rencontre allait devenir un film.
Qu'est-ce qui transforme une rencontre en un objet filmique, qu'est-ce qui dans l'envie de l'Autre se métamorphose en une traversée (un film)? Cela reste un mystère. Et pourtant, c'est en voulant percer ce passage qu'est né ce film.
Ce film ne raconte pas la rencontre, ne l'explique pas, il met en perspective ou en relation un faisceau d'évènements partagés par un groupe d'individus dans un temps et un espace donné, comme le reflet d'un élan collectif qui s'égare dans le désert, rencontre un homme et lui demande son chemin. Ce film tente à la fois de faire voir cette rencontre avec un personnage qui pouvait nous en rappeler d'autres, mais aussi de montrer les sensations, les doutes, les questions, les fulgurances, les éblouissements, les déceptions aussi qu'éprouve la rencontre avec ce paysage Texan. Paysage aride, dur, violent.
Ce film commence par le milieu car il n'était pas prévu. Il est né au milieu de nulle part au moment où nous étions perdus.
Après avoir décidé de filmer Ty Mitchel répondre à nos questions, un film s'est construit de lui-même, naturellement, organiquement. Tous les évènements vécus se sont rappelés à nous, comme une cristallisation, l'aube dans les Chinati Mountains, la chapelle de Rothko, Fort Davis, la Chinati Foundation, l'arrivée de Donald Judd à Marfa, le cinéma américain, le Rio Grande, la frontière du Mexique, les Ghost town; toutes ces choses vues, vécues et qui se transformaient déjà en souvenirs pouvaient devenir alors la matière de notre film.
C'est donc un film traversé par le passé, le présent et le fantasme, un film collectif aussi qui ne mime pas l'analyse devant le paysage, mais qui essaie d'en éprouver les sensations (être dans et non devant), éprouvant ainsi à la fois le corps et le langage en action, tentant de convoquer des paroles communes, éloignées, disparues (forces du cinéma), construisant un langage commun peuplé de voix intérieures (nous), vivantes (Ty Mitchell) et fantomatiques (Donald Judd).
Lost Horses est un film qui commence par le milieu et qui ne finit nulle part.

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Lost Horses
2012
36 min
couleur, sonore

Image, son, montage
Victor Bulle
Pierre Frulloni
Laure Jazeix
Alexandre Lavet
Cédric Loire
Alex Pou
Stéphane Thidet
Le montage a été assisté par Fabrice Guérinon

Textes et voix
Victor Bulle
Pierre Frulloni
Laure Jazeix
Donald Judd
Alexandre Lavet
Cédric Loire
Ty Mitchell
Alex Pou
Stéphane Thidet

Avec les apparitions de
Victor Bulle
Pierre Frulloni
Laure Jazeix
Alexandre Lavet
Cédric Loire
Ty Mitchell
Alex Pou
Stéphane Thidet

Musique
Romain Kronenberg
John Fahey

Ce film a été réalisé dans le cadre d'un voyage de recherche de l'ESACM
à Houston et Marfa (Texas)