Faire un voyage de recherche comme on construit un film.
Un voyage comme un film ne se prédéfinit pas, c'est une succession de phénomènes se répondant. En écrivant le scénario par étapes, en fonction des évènements, en fonction des situations mises en places (rencontres, villes, paysages), c'est à la fois avoir un but (le lointain) et en même temps être à l'écoute du voyage, des paysages traversés, rencontrés, arrêtés (le précis). Le voyage a donc un départ et une arrivée (Clermont-Rolle-Clermont en passant par la méditerranée, ou la géographie) et en même temps l'objet de ce voyage est une transformation de l'espace en récit (que voit-on et que fait-on entre ces deux points? ou la géométrie)
L'idée d'aller rencontrer JLG à Rolle en Suisse en construisant le voyage en fonction de ses films nait du désir de travailler à la fois sur le langage dans le paysage et en même temps voir le paysage comme un langage. C'est l'invention d'un jeu permanent entre histoire et géographie, récit et voyage, rencontre et déplacement, fiction et documentaire, fabriqué et hasard, proche et lointain, etc. (Tout le cinéma de godard que beaucoup définissent comme un artiste-chercheur fonctionne sur ces ambivalences.)
Le projet de ce voyage est de produire une forme qui puisse faire part de cette relation qu'il y a entre le voyage, la recherche et le cinema.
Cette forme sera nommé film, mais ne sera pas un film, ce sera un livre (Godard appelle certains de ces films des scénarios). L'intention est donc de travailler sur la matière d'un film invisible, un scénario possible, un humus mental ouvert à tous les possibles et où toutes les formes seraient potentiellement invitées (sculptures, musiques, littératures, sons, dessins, rencontres documentées, etc.). Faire un film comme un livre, c'est oublier un temps la contrainte de la technique filmique, et imaginer que toutes les formes puissent engendrer un scénario.
Pour "augmenter Pessoa, nous "ferons le paysage qui nous habite" dans le paysage. Pessoa Le livre de l'intranquilité. Un travail sur l'inconscient du paysage